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Dom Aubourg - Un moine au coeur du monde

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Dom Aubourg - Un moine au coeur du mondeSoeur Ambroise-Dominique Salleron

« On m’a baptisé “le sauveur de Bayeux”. Je suis bien incapable de dire si j’ai sauvé Bayeux. Je sais seulement que le matin du 7 juin 1944, j’ai risqué ma peau pour avertir des Anglais débarqués la
veille et arrêtés à 5 km de là qu’ils pouvaient entrer dans la ville que les Allemands avaient quittée dans la nuit. » Dom Gaston Aubourg (1887-1967).

Mais quel est donc le destin de cette pure figure que les Normands n’ont pas oubliée ? Soeur Ambroise-Dominique le ressuscite ici. D’une plume franche, alerte, élégante et précise, puisant dans ses
notes intimes et l’importante correspondance qu’il entretint avec plusieurs amis, l’auteur campe le personnage : un Normand qui, quelques mois après son ordination, entre à Solesmes, alors en exil
dans l’île de Wight. Prêtre habité par une insatiable curiosité, il incarne le prototype du moine savant, fidèle à la règle et à la spiritualité de saint Benoît.

Quand Solesmes regagne les bords de la Sarthe, Dom Aubourg reprend ses études et différents services au monastère mais, en 1926, il ressent la condamnation de l’Action française par Pie XI comme une blessure. Solesmes, craignant alors d’être alors taxé d’insoumission, l’invite à s’éloigner de l’abbaye. Il sera plus tard « exclaustré ». Emportant avec lui son idéal monastique, son culte de la liturgie et du service de l’Église, il devient l’aumônier de la communauté des religieuses de Saint-Vigor-le-Grand, commune jouxtant Bayeux.

Ces soeurs consacrent leur vie à l’éducation de 70 orphelines. D’abord à Dieu, il est aussi tout à tous, enseigne, écrit, catéchise, donne des conférences et son rayonnement ne tarde pas à lui ouvrir les portes de l’Institution des Dames de la Vierge Fidèle de Douvres-la-Délivrande qui compte 120 élèves, plus une maison à Bruxelles et « La Maison » de la rue du Montparnasse à Paris.

Il jouit pendant vingt-trois ans de la confiance et de l’amitié de Mgr François-Marie Picaud, évêque de Bayeux, qui aime son franc-parler et son amour de la vérité. En 1954, ce dernier contraint, pour
raison de santé, d’abandonner sa charge la cède à un successeur qui prend rapidement ombrage de la personnalité et de l’action de Dom Aubourg.

Son dévouement, ses compétences, son principe d’action : « toujours partir du réel », lui valent de faire partie des services de la reconstruction : églises, écoles, maisons particulières, et il lui est demandé
de veiller à l’édification du couvent des bénédictines de Caen. Mais Saint-Vigor veut en faire son maire, ce qu’il déclinera, sans échapper à un nouvel anathème.

Dom Aubourg est étroitement mêlé à la vie littéraire de son temps. Il échange avec Maritain, Louis Massignon, Bernanos, La Varende et Lucie Delarue-Mardrus. En 1939, il rencontre Saint-Exupéry, qui, graphologue à ses heures, brosse de lui un incomparable portrait. Il a une véritable « dévotion » pour Simone Weil après avoir lu dès 1948 La Pesanteur et la grâce.

Ses dernières années à Caen sont le temps du détachement, malgré le soutien de ses amis. Il assiste impuissant à la déchristianisation, à l’effondrement des vocations et de la formation du clergé.

Réhabilitation ultime, sous l’abbatiat de Dom Prou, c’est à Solesmes, dans le cimetière des moines, qu’il repose. Comme un testament, Dom Aubourg qui a tant voulu cultiver notre sens de Dieu et de l’Eglise lègue une oeuvre écrite contemplative et pastorale largement inédite d’une extraordinaire profondeur, car « souffrir est sans doute ce qu’il y a de moins perdu pour les autres. »

16 x 24 cm - 380 pages (avec un cahier de photographies)

(éditions Via Romana)